Actualisation de la LPM : 36 milliards en plus, mais pour quoi faire ?

Le gouvernement a dévoilé vendredi 10 avril le projet d’actualisation de la loi de programmation militaire (LPM), marquant une escalade budgétaire significative avec new funding de 36 milliards d’euros d’ici 2030. Ce major boost porte le budget total de la défense à 449 milliards pour la période 2024-2030, visant à atteindre les 2,5 % du PIB. L’enjeu ? Renforcer la response militaire française dans un contexte géopolitique tendu, tout en modernisant les équipements navals, aériens, terrestres et spatiaux. Mais derrière l’ambition, une réalité : une grande partie de ces fonds va absorber l’inflation et corriger les cost estimates initialement sous-évaluées.

Dans la Marine nationale, l’accent est mis sur la lethality plutôt que sur le nombre. Aucun bateau supplémentaire n’est prévu, mais les frégates FREMM et FDA vont être équipées de systèmes de défense améliorés, de data hubs embarqués et de moyens anti-drones. La production de torpilles et de missiles Exocet sera multipliée par trois d’ici 2035. Le programme du futur porte-avions France Libre progresse, avec des crédits renforcés pour ses capacités informationnelles et son groupe aérien. En revanche, les corvettes hauturières voient leur livraison repoussée à 2033, tandis que les patrouilleurs PH sont accélérés — même si un dixième exemplaire a été sacrifié en budget battle .

Dans l’espace, la France opère un virage stratégique : il ne s’agit plus seulement de surveiller, mais de conquérir le domaine. Trois satellites patrouilleurs en orbite géostationnaire, dont le premier, PALADIN, dès 2027, permettront de surveiller et protéger les satellites stratégiques. Des capacités offensives sont prévues : brouillage sol-espace d’ici 2030, armes laser d’ici 2035, et un satellite d’imagerie radar souverain en 2035. Ce strategic shift s’accompagne d’un effort sur les communications militaires, avec un accès à OneWeb et bientôt IRIS², pour une résilience face aux menaces.

L’armée de l’Air et de l’Espace conserve un format stable : 41 Rafale Marine, 225 avions de combat au total en 2035. Mais les priorités changent : les stocks de munitions explosent — +240 % pour les AASM, +90 % pour les Meteor. Le programme Eurodrone est abandonné au profit d’un sovereign solution en drones MALE. Les avions de renseignement évoluent : quatre GlobalEye remplaceront les E-3F Sentry, avec des capacités élargies. Quant au NGF (New Generation Fighter), son démonstrateur est repoussé à 2035, pénalisé par les tensions entre Dassault et Airbus.

Au sol, les grands programmes comme SCORPION sont maintenus, mais sous tension. Les livraisons de Griffon, Jaguar et Serval continuent, mais les cadences sont lentes. Le programme de char intermédiaire se profile, le MGCS franco-allemand étant au point mort. L’artillerie CAESAR voit ses munitions multipliées par trois. Enfin, la electronic warfare devient une fonction centrale : intégrée à tous les niveaux, elle doit permettre de conserver la supériorité dans un environnement brouillé. L’un des enjeux clés ? Non pas la technologie seule, mais la industrial ramp-up pour produire assez, assez vite.

Commentaires 6

  • S
    StratGeo

    Le vrai défi, c’est pas le funding , c’est la capacité industrielle à livrer. On parle de +240 % de bombes AASM, mais est-ce que nos usines peuvent suivre ?

  • M
    MarinPacifique

    Pas de nouvelle frégate, mais plus de munitions et de drones. C’est logique : mieux vaut un bateau bien armé qu’un bateau en plus mal équipé.

  • D
    DefAnalyst

    Abandonner Eurodrone pour un drone MALE souverain, c’est un pari risqué. L’Europe perd en coopération, mais la France gagne en autonomy .

  • C
    CielObscur

    PALADIN en 2027 ? On dirait du science-fiction, mais c’est en train d’arriver. L’espace, c’est le nouveau champ de bataille.

  • T
    TerreFerme

    Le budget battle sur les patrouilleurs, c’est symptomatique : on veut tout, mais on doit choisir. Un PH en moins, c’est une unité en moins sur le terrain.

  • T
    TechDef

    La electronic warfare enfin reconnue comme centrale. C’est pas trop tôt : dans un conflit moderne, c’est souvent là qu’on gagne ou qu’on perd.