Prostitution en ligne : quand le clic remplace le trottoir

Sur un écran d’enquête, les profils défilent : sourires posés, photos filtrées, promesses voilées. a click suffit pour réserver un acte sexuel. En dix ans, le visage de la prostitution a muté, migré vers les plateformes numériques. « Aujourd’hui, l’essentiel se passe en ligne », confirme Lenaïg Le Bail, ancienne directrice de l’Office central contre la traite des êtres humains (OCRTEH). Réseaux sociaux, sites spécialisés, applications — chaque étape du recruitment , de la mise en relation et du paiement est désormais dématérialisée.

Ce basculement complique l’application de la loi de 2016, qui pénalise les clients et vise à protéger les personnes prostituées. « En rue, on voit arriver le client, on constate l’infraction. En ligne, tout est caché : les rendez-vous, les lieux, les transactions », explique Lenaïg Le Bail. Identifier les clients devient un real challenge . Un groupe cyber a été créé à l’OCRTEH en 2023. Les enquêteurs utilisent des outils numériques, enquêtent sous pseudonyme, explorent des volumes importants de données — une mission exigeante et longue.

Le déplacement vers le numérique a aussi un coût humain. Les travailleuses du sexe (TDS) sont plus isolées, parfois sous la coupe de réseaux criminels. Médecins du Monde et d'autres associations ont lancé des « maraudes numériques » pour les atteindre. Mais contact est plus froid, plus lent. « En rue, on parlait directement. En ligne, les réponses arrivent plus tard, quand elles arrivent », note Sarah-Marie Maffesoli, de Médecins du Monde.

Les plateformes comme OnlyFans ou Mym ajoutent une zone d’ombre. Elles permettent la vente de contenus sexuels, mais servent parfois de passerelle vers des actes physiques. « Des offres renvoient à des créateurs avec des réductions sur des prestations réelles », observe Lenaïg Le Bail. Or, la Cour de cassation exige un physical contact pour qualifier l’acte de prostitution. Sans cela, pas de prosecution pour proxénétisme ou traite.

Un premier pas vers la régulation a été franchi au Sénat. Une proposition de loi, soutenue par le gouvernement, crée une nouvelle infraction : l’exploitation sexuelle en ligne, même sans contact physique. Elle cible ceux qui recrutent sous menace ou abus de vulnérabilité pour diffuser des vidéos à caractère sexuel. « C’est nouveau, c’est modeste, mais c’est un début », juge la sénatrice Marie Mercier, à l’origine du texte. « Il faut commencer par quelque chose. »

Commentaires 6

  • C
    Chloé75

    Ce n’est plus la rue, mais le risque est toujours là. La vulnerability des femmes ne disparaît pas avec l’écran.

  • M
    MarcLeGrand

    Facile de dire 'punir les clients' quand on n’a pas à traquer des profils cryptés. La law enforcement a besoin de moyens, pas de moralisation.

  • S
    Sofiane_93

    OnlyFans, c’est du business ou de l’exploitation ? La line est floue, et les plateformes s’en fichent.

  • N
    NadiaK

    Et les femmes qui choisissent ces plateformes librement ? La loi doit protéger sans tout criminaliser. La liberté a aussi sa place.

  • J
    JeanDuWeb

    Un 'clic' et c’est fait. La speed du numérique rend tout plus froid, plus désincarné.

  • É
    ÉmilieR

    Et si la vraie response était plus de soutien social, plutôt que plus de lois ?