La Réunion, laboratoire vivant de l’approche One Health

Il y a vingt ans, le chikungunya débarquait à La Réunion. Ce virus, transmis par le moustique-tigre, a infecté près de 40 % de la population entre 2005 et 2006, causant plus de 200 morts. Depuis, la maladie semblait endormie… jusqu’en 2024. Cette année-là, une nouvelle épidémie a touché 55 000 personnes, avec une quarantaine de décès. Une étude de Santé Publique France suggests que deux tiers des Réunionnais ont été infectés à un moment ou à un autre. En parallèle, la leptospirose, une autre maladie infectieuse liée aux rongeurs, connaît une steady rise depuis 2017, passant de 50 à 300 cas annuels.

Face à ces menaces récurrentes, les autorités locales ont adopté une stratégie innovante : l’approche One Health. Cette méthode intègre les liens entre la santé humaine, animale et les écosystèmes. À Saint-Denis, le laboratoire Processus infectieux en milieu insulaire et tropical, dirigé par Pablo Tortosa, travaille sur tout le spectre des maladies zoonotiques. « On collabore avec des naturalistes, des éleveurs et des médecins hospitaliers », explique-t-il. Cette collaborative permet d’analyser la contamination dans sa globalité, de comprendre les réservoirs animaux et d’adapter les outils de prevention .

Les résultats sont tangibles. Le projet RATEX, financé par l’Agence régionale de santé (ARS), a révélé que l’arrêté préfectoral de 2006 sur la régulation des rongeurs ne prenait pas en compte les souris, également porteuses de bactéries pathogènes. « Cet arrêté n’était plus scientifiquement juste », reconnaît Manuel Rodicq, responsable de la lutte antivectorielle. Grâce à cette recherche, les souris ont été intégrées à la réglementation. Une autre piste, testée aux Seychelles, consiste à lâcher des moustiques porteurs de Wolbachia, une bactérie qui rend stériles les femelles non infectées. Cette méthode fonctionne, mais son coût élevé la réserve aux zones urbaines riches.

Le diagnostic reste un défi, surtout en milieu rural. Les symptômes de la leptospirose ressemblent à ceux de la dengue, et le test PCR, le seul fiable, est peu accessible à distance des centres urbains. L’équipe de Tortosa travaille donc sur un nouveau protocole, inspiré du réseau Obépine pendant la pandémie de Covid-19. L’objectif ? Détecter les bactéries de la leptospirose dans les urines humaines, via des protéines excrétées précocement. Une telle méthode permettrait une rapid response et un traitement plus efficace.

À plus long terme, les autorités anticipent de nouvelles menaces. Anopheles stephensi, un moustique vecteur du paludisme présent en Afrique de l’Est, pourrait arriver à La Réunion via les échanges maritimes. En parallèle, les politiques d’urbanisme vert doivent être pensées avec précaution : végétaliser une ville tropicale peut favoriser les larves de moustiques. C’est ici que le projet Climavect, porté par Kevin Lamy dans le cadre du PEPR Traccs, intervient. Il modélise l’impact des aménagements du territoire sur les risques infectieux. Ces données alimenteront la stratégie d’urbanisme régional. « On veut que la science soit au plus près de l’action publique », insiste Lamy.

En 2024, un accord-cadre entre la Région Réunion et le CNRS a été signé, renforcé par un contrat de performance. Objectif : faire de l’île un living lab pour l’approche One Health. Trois priorités : renforcer les observatoires climatiques, soutenir la recherche sur les maladies émergentes et structurer un réseau de scientifiques engagés dans les mutations sociales. Alors que les cas de dengue et de chikungunya gagnent l’Hexagone, La Réunion pourrait bien devenir un modèle pour toute la France.

Réactions 6

  • M
    Marc73

    C’est bien beau tout ça, mais combien ça coûte, un lâcher de moustiques avec Wolbachia ? On parle de public cost ou de subventions privées ?

  • C
    Chloé_R

    Ils disent que c’est adapté aux pays riches… mais La Réunion, c’est la France aussi. On devrait pas être traités comme un second-tier juste parce qu’on est en plein océan.

  • D
    DocAlain

    Le vrai problème, c’est le diagnostic en zone rurale. Même avec un test rapide, il faudra du training pour les soignants locaux. Sinon, c’est juste du papier.

  • T
    Tina_L

    Je vis à Saint-Denis. Depuis deux ans, on voit plus de moustiques, même en hiver. Cette pressure sanitaire, on la sent tous les jours. Heureusement qu’il y a une real response maintenant.

  • G
    GeoGuy

    Anopheles stephensi… Si ce moustique arrive, on bascule dans une autre risk level . Il faut bloquer ça à la source, aux ports.

  • S
    Sofia_M

    One Health, c’est pas juste une mode ? Ou est-ce que ça change vraiment les decision-making sur le terrain ?

Le texte est basé sur des faits et recomposé à des fins d'apprentissage de l'anglais ; les réactions des lecteurs sont des exemples de points de vue variés.

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