Ces petits couvercles qui ont fait vibrer la Suisse

Dans un café de Zurich ou une brasserie de Lausanne, un petit godet de cream à côté de votre expresso semble banal. Pourtant, sous son opercule en aluminium coloré, se cache une histoire bien plus riche qu’il n’y paraît. Pendant des décennies, ces lids ont été bien plus que de simples protections : véritables objets de désir, ils ont déclenché une passion collective, presque une frénésie. Certains allaient de table en table mendier les caps usagés, fouillaient les tables abandonnées, ou perforaient les leurs pour les conserver intacts. Une époque révolue, mais dont les traces subsistent dans les collections jaunies et les souvenirs nostalgiques.

Le phénomène a atteint son apogée dans les années 1980 et 1990, quand la Suisse est devenue le centre mondial d’un loisir pour le moins singulier. «Nulle part ailleurs la collecte de ces petites capsules n’a été aussi excessive», notait le Tages‑Anzeiger. Des clubs de collectionneurs se sont formés, des échanges s’organisaient, et certaines séries se négociaient à plusieurs milliers de francs. Ce n’était pas seulement un jeu : c’était une culture. L’instinct de gathering , cette pulsion ancestrale de rassembler, s’est réinventée autour de ces objets jetables. Comme l’a écrit un amateur, «on peut tout acheter au coin de la rue… mais l’envie de collecting demeure quelque part en nous».

Cette folie douce trouvait son origine dans une invention bien suisse : celle de Walter Auf der Mauer, un homme obstiné, fils de paysan, qui rêvait de révolutionner la dairy . En 1973, son entreprise Burra produisait 30 000 portions de crème par heure. Rapidement, les couvercles sont devenus des supports de images : châteaux, costumes traditionnels, armoiries cantonales, quiz philatéliques. Ce n’était plus de la publicité, mais de la pédagogie, de l’identité. «Des motifs pleasant , discrets et populaires», selon Waltraut Bellwald. Un trait typiquement suisse, disait-elle : celui de l’innovation obstinée, du bricoleur qui crée du sens là où d’autres ne voient que inutile.

Mais le marché s’est effondré. Aujourd’hui, les albums poussiéreux et les pinces en acier chromé pour smooth couvercles sont des reliques. «Il est difficile de vendre», reconnaît le site du Club Kaffee‑Doppelcrème. L’offre inonde un marché sans buyers . La série Blick, qui valait 6 000 francs, s’écoule à 150 francs. L’affaire Hitler en 2014 — des opercules avec des dictateurs dans une série historique — a ajouté un bitter . Pour Margrit Gräub, collectionneuse de 30 ans, «ce hobby est en train de disparaître». Pourtant, Bellwald avait raison : tant qu’il y aura de nouvelles designs , il y aura quelqu’un pour les chérir. La fascination de l’inutile ne meurt jamais vraiment.

Réactions 6

  • B
    BleuCitron

    Je me souviens de mon oncle qui gardait ses lids dans des boîtes en carton. Il disait que c’était «du patrimoine miniature».

  • Z
    ZurichVibe

    Et les pinces ? Sérieusement, qui achète une pince pour des opercules ? C’est du génie marketing ou de la folie pure ?

  • L
    LaGenevoise

    Les jeunes ne s’intéressent plus à ça. Trop lent, trop physique. Ils préfèrent les digital , les NFT, les jeux.

  • T
    TicinoFan

    J’ai vu un opércule avec un char suisse récemment. Toujours ce goût pour le traditional , hein ?

  • C
    CaféNoir

    L’histoire de Walter Auf der Mauer est incroyable. Un paysan, une machine, une obsession. Typiquement suisse, en effet.

  • M
    MigrosCritique

    Une série avec Hitler… Quelle bévue. On ne touche pas à ça, même «dans son contexte».

Le texte est basé sur des faits et recomposé à des fins d'apprentissage de l'anglais ; les réactions des lecteurs sont des exemples de points de vue variés.

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