Et si Molière écrivait avec une IA ?
Dans les coulisses d’un théâtre parisien, une scène classroom résonne d’une voix ancienne, pourtant née dans le circuit d’un algorithm . Ici, à l’Institut du professorat, le projet Molière Ex Machina prépare une première : une pièce signée par un auteur mort il y a plus de trois siècles, ressuscité par l’intelligence artificielle. Le titre, L’Astrologue ou Les faux présages, sonne comme un forgotten du répertoire de Molière. Pourtant, chaque vers, chaque rebondissement a été généré par une machine, nourrie de tragédies de Racine, de comédies du theater italien, et surtout, du génie formel du dramaturge. Ce n’est pas de la magie, mais bien d’un method dont parle Pierre Fautrel : une « génétique théâtrale » rédigée par Georges Forestier, le guide invisible de cette uchronie littéraire.
Deux ans de travail pour que l’IA cesse de produire un texte catastrophic et tienne enfin sur plus de quatre pages. Le tournant ? Avoir compris que l’intelligence artificielle ne pouvait pas tout faire seule. Mistral AI, choisi pour sa mastery de l’ancien français, a été calibrée avec des règles strictes de construction dramatique. Pendant ce temps, NotaGen et Flux AI s’occupaient du reste : musique baroque, costumes et décors, tous générés sans trait de crayon humain. Mais l’illusion ne s’arrête pas là : chaque détail visuel a été crafted selon les techniques du XVIIe siècle, jusqu’à la colle de peau de lapin. Une centaine d’experts — diction, musicologie, astrologie — ont relu chaque mot, chaque note, pour que rien ne sonne faux.
Car malgré l’exactitude, la langue manque encore de souplesse. « Là où Molière coule de source, ce texte demande du travail », avoue Antoine Gheerbrant, professeur de déclamation. Les comédiens peinent sur certaines formules : « tomber des nues » ou « hurluberlu », par exemple, n'existaient pas au seventeenth century . Chaque anachronisme est corrigé au scalpel. Mickaël Bouffard, metteur en scène, reconnaît les limites : les échanges manquent parfois de nerf, d’une énergie instinctive. Mais certains relecteurs ont été bluffed — ils ont cru écouter une pièce authentique. Le pari est serré : séduire non par la technologie, mais par la conviction dramatique.
Derrière ce spectacle, un million et demi d’euros de financement, avec des noms comme Reid Hoffman ou Eric Schmidt. Une lumière braquée sur l’IA, qui inquiète certains. « Ma crainte, c’est qu’on oublie Molière », lâche Gheerbrant. Pour d’autres, c’est l’inverse : l’IA pourrait être un sésame pour attirer un public nouveau vers le théâtre classique. L’enjeu n’est plus seulement technique, mais cultural . Le succès se mesurera peut-être non pas à la précision du style, mais à ce que le public ressentira une fois la fascination retombée. Une fois le rideau tombé, restera-t-il quelque chose du génie — humain ou non ?
Je me demande si Molière aurait trouvé cela amusant ou insultant. L’IA peut imiter, mais peut-elle vraiment tourner en ridicule comme lui ?
1,5 million d’euros pour une pièce générée par machine ? C’est moins un hommage qu’un gadget pour investor investisseur geek.
Le fait que les costumes soient fabriqués avec des méthodes d’époque, même si dessinés par IA, ajoute une vraie authenticité au projet.
Et si l’IA échoue sur la langue, peut-être qu’elle réussit ailleurs : en rendant le baroque vivant pour une nouvelle génération.
L’astrologue manipulateur, c’est Molière. L’IA fascinante, c’est aujourd’hui. Le miroir est troublant.
Attention à ne pas projeter notre vocabulaire sur le XVIIe. Même « tomber des nues » est un piège — les anachronismes sont partout.
Utiliser l’IA pour critiquer l’IA, tout en rendant hommage à Molière ? C’est peut-être la pièce la plus contemporaine qu’on puisse écrire.