Qui vote pour la Suisse ? Le paradoxe du passeport loin des frontières

À Berne, alors que le debate parlementaire s’achève, l’air semble chargé d’une question non dite : qui mérite vraiment de faire partie de la Suisse ? L’«initiative pour la démocratie», rejetée par le Conseil national comme par le Conseil fédéral, révèle un paradoxe vivace. Tandis que les foreigners résidant sur le territoire doivent attendre dix ans, prouver leur intégration et passer des tests locaux, les Suisses de l’étranger — y compris aux quatrième et cinquième générations — conservent un droit de vote inconditionnel. Ce contraste ne relève pas du hasard, mais d’un choix politique ancré dans le principle du jus sanguinis, le droit du sang.

Les partisans de l’initiative, dont la conseillère nationale Sibel Arslan, dénoncent un system qui «divise notre société». Pour eux, il est absurde qu’une personne née en Suisse, scolarisée dans le pays, payant ses taxes , soit exclue des urnes, tandis qu’un descendant de Suisses vivant à Buenos Aires depuis un siècle puisse voter sur les lois helvétiques. Le comité «Aktion Vierviertel» souligne que plus d’un quart de la population résidente — soit 2,5 millions de personnes — est privée de political . En 2016, une étude de l’Université de Lucerne avait déjà parlé d’un «deficit ».

La droite conservatrice, notamment l’UDC, campe sur une vision opposée. Pour Pascal Schmid, la citizenship est «une chose sacrée», qu’il ne faut pas «brader». En réaction à l’initiative, le parti a même proposé d’interdire la dual nationalité après naturalisation — un coup dur pour les trois quarts des Suisses de l’étranger qui en bénéficient. Cette proposition, bien que non encore appliquée, montre à quel point le débat dépasse les frontières : il touche à l’identité même de la nation, à la fois inclusive pour ses diasporas et restrictive pour ses résidents.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En Europe, la naturalisation prend en moyenne 6,9 ans. En Suisse, c’est 10 ans — avec des procedures variables selon les cantons. Même les «secondos», nés sur place, subissent un processus complexe : leur taux de naturalisation est de 1,9%, contre 2,6% en Europe. Pendant ce temps, la diaspora, elle, ne cesse de croître — trois fois plus vite que la population résidente. D’un point de vue democratic , cette évolution soulève une question silencieuse mais urgent : qui décidera, demain, du visage de la Suisse ?

Le paradoxe suisse tient en une phrase : plus on est loin géographiquement, plus on est proche politiquement. L’initiative pour la démocratie, bien qu’écartée par les hautes instances, a réussi à faire surface un malaise profond. Elle a mis en lumière une tension entre deux idées de la nation : celle du sang, rigide et sélective, et celle du sol, ouverte et inclusive. Et tandis que le peuple helvète s’apprête à voter sur l’immigration via l’initiative «Pas de Suisse à 10 millions !», la question de la pertenence reste, elle, largement en suspens.

Réactions 8

  • G
    geneve_observateur

    Ce n’est pas logique : on naturalise moins de second-generation que nos voisins. L’intégration passe aussi par le droit de vote.

  • A
    alpine_sceptique

    Et les impôts qu’ils paient ? Les étrangers contribuent à la economy sans avoir voix au chapitre. C’est du colonialisme social.

  • J
    jurassien

    Le droit du sang, très peu pour moi. On vit ici, on parle la langue, on suit les rules — on devrait compter.

  • L
    luzern_noise

    Et si on supprimait le vote des expats après 20 ans ? Leurs enfants ne connaissent même pas le referendum .

  • S
    sibylle_89

    L’émotion est forte quand on entend 'citoyenneté sacrée'. Mais est-ce que l’exclusion, c’est sacré aussi ?

  • T
    ticino_libre

    En Suisse, on naturalise comme on filtre du café : lentement, avec beaucoup de résidus.

  • N
    neuch_bobo

    La diaspora a son rôle, mais pourquoi pas un droit de vote conditional après plusieurs décennies ?

  • R
    rhene

    On parle de déficit démocratique depuis des années. Mais la pressure réelle ? Elle vient enfin.

Le texte est basé sur des faits et recomposé à des fins d'apprentissage de l'anglais ; les réactions des lecteurs sont des exemples de points de vue variés.

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